\documentclass[a4paper,extrafontsizes,20pt]{memoir}
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\title{À bas les cloches}
\author{Jacques-René Hébert, numérisé par Paul Kocialkowski}
\date{1790, numérisé en 2019}

\usepackage{foutre}

\begin{document}

\thispagestyle{empty}

\veritable{encart.png}

\begin{center}
\textsc{{\small À}\\
{\LARGE bas les cloches,}\\
\vspace{-0.25em}
ou\\
{\large Grande Découverte}\\
du\\\vspace{-0.75em}
{\LARGE Père Duchêsne,\\
\vspace{0.25em}
Pour faire de la monnoie \& des canons.}}
\end{center}

C'est foutu, ces cloches qui nous ont tant
déchiré le timpan de l'oreille, vont donc cesser
d'incommoder les vivans pour honorer les morts.\\
\pagebreak

Je les envoyois de si bon cœur au diable, que si
ma prière n'a pas été exaucée dans ce sens, du
moins elles vont servir à quelque chose de bon,
\& cela vaut encore mieux. Non d'un carillon
sans baptême, ce métal fondu ou en monnoie ou
en d'autres objets utiles, va prouver encore
combien ces foutus couillons de prêtres savoient
faire tourner tout à leur avantage. Jusques dans
leurs cloches les jean-foutres n'avoient pas de
honte de receler des trésors !\\

Grand merci saint Mirabeau, graces te soit
rendues. tu as fait sentir aux Législateurs de la
France qu'il valoit mieux que le peuple ait du
billon qu'il pourra échanger contre du pain, du
vin, de la viande, des légumes \& de grosses étoffes,
que des bourdons des cloches qui ne servoient
qu'à lui indiquer les heures qu'il devoient, par
dévotion, enlever à son travail \& aux soins de
leurs familles. Oui, foutre, sans les cloches qui,
par leur sacré bruit, avertissoient tout un voisinage
de se tenir sur le qui vive; tant de femmes par
ostentation, par une dévotion apparente \& fondée
seulement sur la vantié, n'auroient pas abandonné
leur maison, \& n'auroient pas été souvent cause,
par leur négligence, des plus affreux malheurs.
Il vaut, foutre, mieux faire le pot au feu qui doit
alimenter nos enfants, que de les perdre de vue
pour aller croquer un Ave Maria.\\

Ainsi donc foutre, on va vendre au plutôt ces
instruments inutiles, \& qui ne servirent jamais
qu'à troubler le repos des citoyens. Moi pour
ma part je me propose d'acheter une des principales
sonneries de la capitale. Quel plaisir j'aurois
de foutre au fourneau le gros bourdon de Notre-Dame!
avec ça, foutre, je vous ferai des tuyaux
de poële qui compteront; ça sera du solide.
Cet usage là sera bien préférable, sans doute à celui
auquel étoient destinés ces bougres de cloches.
Elles réchaufferont du moins ceux qu'elles ont
étourdi, eh! à quoi bon tous ces foutus carillons !
qu'elle nécessité de réveiller les gens à leur premier
somme ? les bougres de chanoines s'en foutoient;
ils sortoient à minuit de leur soupé pour
aller à matines, \& ils alloient après cela
dormir la grasse matinée; mais les pauvres ouvriers
du voisinage n'en étoient pas moins
réveillés par ce bougre de charivari, \& il ne
leur falloit pas moins se réveiller encore \& se
lever au champ du coq.\\

À propos de cloches, il me souvient de l'histoire
assez farce d'un bougre de calotin nommé
Laval, si l'on veut Montmorenci : le jean-foutre
étoit plus simple, plus bête qu'un dindon ; quoique
ça on en fit toujours un homme d'importance
ainsi que cela se pratiquoit jadis. Tout sot, tout
âne qu'il étoit, il n'en fut pas moins cousu de
gros bénéfices; cependant ces parens avoient soin
de l'éloigner de la cour \& de la capitale pour avoir
moins à rougir de ses sottises; il étoit donc retiré
dans la ville du Mans où il possédoit une riche
abbaye; \& là, il pouvoir dire \& faire impunément
toutes les folies qui lui venoient en tête. On feroit
un gros volume du recueil de toutes les bêtises
qu'il débitoit avec beaucoup de prétention, \&
que tout le monde raconte encore dans le pays.\\

Une fois s'étant évertué contre vent \& marée,
il vint à Paris; il ne fut étonné que d'une seule
chose, ce fut de voir étendre dans la rue une
très-grande quantité de fumiers : il s'inquiéta des
fons de cet appareil; on lui répondit qu'un grand
seigneur qui demeuroit dans la rue étoit malade,
\& que c'étoit pour empêcher le bruit de l'incommode.
Que fit le bougre d'âne bâté ? arrivé dans
sa province, il fit mettre une très grande
quantité de paille \& de fumier devant sa porte :
on lui demanda pourquoi ces préparatifs. -- J'ai
mes raisons, répondit-il, on ne va pas à Paris
sans qu'il y paroisse; on verra à présent si j'ai de
l'esprit: -- On insista pour savoir la cause de cette
bisarrerie; -- Eh bien, dit-il, les bougres de
Minimes m'étourdissoient nuit \& jour avec leurs
bougres de cloches, à présent je leur en défie.\\

Mais laissons ce foutu nigaud, \& revenons à
nos cloches : il y aura de quoi faire des canons
superbes avec cette matière-là, \& de quoi foutre
le tour à tous les aristocrates : dépendons donc des
clochers ces machines inventées par les bougres
de moine,s pour étourdir tous ceux qui ne partageoient
pas leur austérité : pourquoi, d'ailleurs,
conserverions-nous ces cloches ? À quel usage ?
Y a-t-il besoin d'un tas d'églises, de paroisses,
de chapelles ? Qu'il y ait autant d'églises que de
sections, c'est encore beaucoup ! Qu'on dise chaque
jour une messe dans chacune d'elles, \& le dimanches
deux grandes messes seulement : alors tous les
vrais croyans ne manqueront pas de se rendre à
l'église à l'heure marqué. Il n'y aura plus de
prédilection pour la messe de ce joli petit abbé blondin
ou pour celle du gros vicaire; on sera averti par
une seule cloche, qui suffira pour toute l'étendue
de Paris, en la plaçant dans un lieu eminent.
Alors nous serons débarassés d'une infinité
de brigands à calotte, de foutu féneans, qui fondent
toujours leur fortune dans la ruine d'autrui;
qui s'insinuent chez vous comme des serpens,
sous le spécieux prétexte de vous oublier, \& qui
parviennent bientôt à débaucher vos femmes
\& vos filles. Au foutre tous les calotins, qu'on
les marie cependant pour que du moins nous
prenions notre revange avec leurs femmes.\\

On dira peut-être que je passe les bornes :
\& que je ne suis pas foutu pour parler de ces
choses-là : oui, mais si on savoit quel motif
échauffe la bile, si on savoit le tour que m'a
voulu jouer un bougre de prêtre : le jean-foutre
me tendoit la main, \& de l'autre il cherchoit à
m'enfoncer le pognand; le bougre, en se disant
mon ami, faisoit l'impossible pour m'enlever toutes
mes pratiques; mais je dis, foutre, ça n'a pas
pris; quoique ça, que le jean foutre se tienne
pour bien averti, \& qu'il ne me fasse plus aucune
jeanfoutrerie, car dans peu je lui ferois voir
de quel bois je me chauffe : Je finis en faisant
la motion qu'on laisse cependant par-tout des
cloches en nombre suffisant, pour sonner le
tocsin sur de pareils jean-foutres.

\end{document}
