\documentclass[a4paper,extrafontsizes,20pt]{memoir}
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\title{La confession du Père Duchêsne}
\author{Jacques-René Hébert, numérisé par Paul Kocialkowski}
\date{1790, numérisé en 2019}

\usepackage{foutre}

\begin{document}

\thispagestyle{empty}

\veritable{encart.png}

\begin{center}
\textsc{{La confession}\\
\vspace{-0.125em}
{du}\\
\vspace{0.25em}
{\huge Père Duchêsne}\\
\vspace{0.25em}
{\Large À l'abbé Mauri,}\\
{et celle de l'abbé Mauri}\\
{au Père Duchêsne.}}
\vspace{-0.25em}
\end{center}
\textsc{\noindent\small Sa conversion à la Constitution,
son acceptation d'un vicariat de village,
son départ avec des lettres de recommendation
du père Duchêsne.}

\vspace{1em}

L'abbé Maury, homme très-charitable
pour le salut de son prochain, ayant appri que
le père Duchêsne étôit dangéreusement malade,
\& craignant que son âme ne partit pour ce lieu
de ténèbres, qui selon l'expression de Jérôme le
solitaire, est pavé de têtes de calotins, courut
pour le confesser.\\

Vois, bougre, lui dit le père Duchêsne, en
l'appercevant; vois le piroyable état où m'ont
réduits tes foutues motions, qui n'ont jamais eu
pour but que de brouiller nos affaires : pas tant
d'impatience, lui répondit l'abbé Mauri, voici le
moment où vous devez, père Duchêsne, vous
repentir de tous vos juremens contre le ci-devant
ordre du clergé, \& sur-tout contre moi; allons,
résignez-vous, \& demandez-moi pardon de toutes
les sottises que vous m'avez dites. Jean-foutre,
s'écrie le père Duchêsne, c'est bien à toit à me
demander pardon, pour toutes les inquiétudes
que tu m'a donné, pour toutes les bouteilles de
vin qu'il m'en a coûté pour rassurer les esprits,
pour tous les tuillaux de poëles que j'ai cassé \&
que j'aurois voulu briser sur ta foutue calotte ;
pour le tems que tu m'as fait perdre, \& que tu
ne me payeras jamais, quand bien même tu
aurois encore tes juit cent fermes. Va, va, j'y
vois claire, je ne crois pas que tu foutue patte
qui a griffonné tant de mauvais raisonnemens,
pour troubler la paire des bons patriotes, puisse
me mettre dans le paradis où tu n'iras jamais.
Garde tes joberies pour toi, \& puisque tu aimes
tant qu'on se confesse, confesse-toi toi-même, \&
dis vrai, car je saurai bien te remettre sur la
voie.\\

Le rouge, pour cette fois, monta à la figure
du pauvre Maury; il voulut sortir, mais le père
Duchêsne l'arrêta par son manteau, \& l'empoignant
de son bras nerveux, il le fit mettre à
genoux malgré lui : parle, bougres, lui dit-il, \&
met moi à découvert cette vilaine âme qui voudroit
aujourd'hui nous voir tous égorgés. Maudite
soit à jamais ta foutue éloquence qui a toujours
cherchée à nous retenir dans les fers des despotes.\\

L'abbé Maury ne savoit plus que dire; il
croyoit que c'étoit un rêve; jamais il ne s'étoit
trouvé dans une pareille circonstance; comme il
se repentoit d'avoir été trop zélé. Mais le père
Duchêsne ne perdit point de tems, il prit une
trique \& lui en appliquant quelques douzaines de
coups sur ses plus larges épaules, il lui fit vomir ses
vilains péchés l'un après l'autre.\\

Oh ! comme il entre en colère quand il apprit
du gros calotin lui-même, qu'il avoit fait les
préambules des édits de ce scélérat de Lamoignon
qui s'est tué dans son parc; qu'il avoit été du
conseil de Brienne; qu'il avoit voulu prendre une
femme avec des pistolets, ce qui lui suscita une
affaire criminelle, qui tout sa vie il avoit cherché
à perdre par des calomnies ceux qui coiroient
avec lui la carrière de l'éloquence, qu'il avoit
intrigué pour attraper ses bénéfices, \& dépouillé
le pauvre abbé de Boismont d'un gros prieuré, \&
qui en mourut de chagrin; qu'il s'étoit montré
tantôt moliniste, tantôt janséniste, tantôt phylosophe
pour parvenir, \& que toujours il avoit jetté
de la poudre aux yeux.\\

Ah ! bougre, s'écrie le père Duchêsne, il te
sied bien de venir nous parler de religion, lorsque
tu n'en as pas l'ombre. Je ne m'étonne plus si
les citoyens de ta ville natale ont traînés ton
portrait dans les bous. S'ils t'ont en horreur,
tu ne parle point de cette lettre pleine d'aristocratie,
que tu as adressée à Carpentras, \& qui
est déposé à la commune de ta patrie, pour
servir de pièce de conviction contre toi. Jean-foutre
ne compte pas que le peuple te pardonne
d'avoir voulu tant de fois renverser la constitution.
Tu auras beau cabaler avec tous les
calotins pour empêcher l'organisation du clergé,
tu ne réussira jamais. Ah ! Si tous ces foutus
perturbateurs de l'ordre public vouloient donner
la démission de leurs évêchés, ou de leurs cures
comme le peuple s'empresseroit de nommer des
hommes jaloux de son bonheur, de bons patriotes;
car bougres, n'espère jamais rien, \& si tu
as trouvé un jean-foutre qui t'as donne une voix
pour être évêque de Versailles, tu n'en trouveras
jamais un second. Toutes les communes
le rejettent de leurs seins.\\

Il y a des mâtins rendoublés qui disent tous
les jours que tu as de l'esprit, de l'éloquence,
de l'érudition, mais dis-moi donc, qu'est-ce que
l'esprit sans un bon jugement ? qu'est que l'éloquence
sans la vérité ? qu'est-ce que l'érudition
sans la justesse d'application du foutu galimathias ?
Quand tu nous feras de belles phrases \& que
tu nous découvriras un mauvais coeur; quand
tu encensera les vices des grands, \& que tu
dédaigneras de louer \& d'encourager les vertus
du peuple, crois-tu que nous devons t'écouter ?
j'aimerois mieux que le diable m'arrachat les
oreilles.\\

À ces paroles, l'abbé Mauri gardât un profond
silence, tînt ses yeux fixés à terre, pendant
quelque tems, enfin il poussa quelques soupirs
\& versa un torrent de larmes. Père Duchêsne,
dit-il d'une voix entre-couppée par les sanglots,
je sens toute la force de vos raisonnemens;
mais c'est plus fort que moi, je ne puis me
résoudre à être démocrate, à moins qu'on ne
me rendre mes huit cent fermes. Si vous saviez
l'aisance dans laquelle je vivois; une bonne
voiture, une bonne table, un appartement magnifique
\& bien de jolies oyes du frère Philippe:
ah! père Duchêsne vous me plaindriez. Non,
bougre je ne te plains pas, lui repondir le père
Duchêsne, mais cependant on peut encore faire
quelque chose de toi, je veux que tu fasse pénitence,
je veux te placer chez un brave curé
de village, mon oncle, à cent lieue d'ici, tu te
rendras utile \& répareras le tems que tu as perdu,
tu feras un bon vicaire patriote; tu visiteras
les hameaux, tu exhorteras les bons villageois à
obéir aux décrets de l'assemblée, à payer exactement
les impôts; tu leur diras que s'ils ont
un bon roi, ils ont aussi des représentans qui
défendent leurs intérêts avec courage, \& sur-tout
n'oubliez point de les assurer que le bon
homme Gérard se porte bien, qu'il est mon intime ami.\\

L'abbé Mauri consentoit à la proposition avantageuse
du père Duchêsne, lui demande des
lettres de recommandation aurpès de son ocle,
\& est parti plus joyeux qu'un ambassadeur qui
va dans une cour étrangère former des projets
de contre révolution.

\end{document}
