\documentclass[a4paper,extrafontsizes,20pt]{memoir}
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\title{Ce n'est pas le Pérou, que ces bougres-là}
\author{Jacques-René Hébert, numérisé par Paul Kocialkowski}
\date{1790, numérisé en 2019}

\usepackage{foutre}

\begin{document}

\thispagestyle{empty}

\veritable{encart.png}

\begin{center}
\textsc{{\small Ce n'est pas}\\
\vspace{0.5em}
{\LARGE Le Pérou,}\\
\vspace{0.25em}
{\large que ces bougres-là,}\\
{\footnotesize ou avis sérieux du vrai}\\
\vspace{0.5em}
{\LARGE Père Duchêsne,}\\
\vspace{0.25em}
{\large au Général La Fayette.}}
\end{center}

\hfill

Comment, foutre, brave général, tu laisses
un tas de jean-foutres faire, en ton nom, des
extravagances qui n'ont ni père, ni mère !

\pagebreak

Sais-tu bien que cela fâche les honnêtes gens, les
pères Duchêsne, qui aiment l'ordre, la confiance
\& la paix, \& qui ne peuvent s'accoutumer
à croire que tu as tourné casaque à la patrie !
tu ne sais donc pas qu'un soi-disant aide-de-camp
s'est foutu les tons d'insulter une patrouille
de braves grenadiers, qui faisoient leur rondes
l'autre soir, rue de Bourbon ? Tu ne sais donc
pas que dans les Porcherons d'un certain monde,
je veux dire dans un café du Palais-Royal, il
s'est passé, par rapport à toi, des scènes terribles?
comment, foutre, tu ne saurois pas tout
cela, quand tout Paris en est instruit, en est
indigné, quand tout Paris a vu traîner en prison
un malheureux jeune homme, pour avoir dit
ce que mille bouches répètent, sans te vouloir
du mal, mais parce que tu ne t'occupe pas
assez de te montrer au peuple, \& de justifier tes
intentions, dont tu dois compte à tous, quelques
droites qu'elles puissent être.\\

Je sais bien, moi, que la Fayette, ami de
la Rochefoucault, cet homme simple \& loyal,
ce citoyen dont l'âme est embrasée du vraie patriotisme,
ne peut être un traître : je sais bien qu'obligé
de paroître à la cour, il est possible que
tu te sois garanti de l'air pestilentiel qu'on y
respire, puisque Louis XVI, lui-même qui y
est sans cesse a seu n'en pas avaler le venin.
Mais que veux-tu qu'on dise, que veux-tu qu'on
pense quand sur la dénonciation du projet de
la maison du Roi, on t'a vu aller te justifier
à la commune de Paris, \& quand, par une
contradiction que l'on ne peut concevoir, tu
ne te fais pas un honneur, un devoir, \& un
devoir sévère de défendre le patriote Gerdret,
qui a fait cette dénonciation, des suites que des
mal intentionnés veulent lui donner ? que veux-tu
qu'on dise, que veux-tu qu'on pense, quand
on ne te vois pas punir le commandant de
bataillon qui a la folie, car ce ne peut-être
autre chose, d'aller en ton nom gourmer les
citoyens ? cependant tu peux bien dire, comme
nous, ce n'est pas le pérou que ce bougre là.\\

Que veux-tu qu'on pense, que veux-tu qu'on
dise, quand une justice authentique n'a pas suivi
l'affront qu'un de tes aide-de-camp a fait à la
patrouille des grenadiers des Prémontrés ? cependant
les citoyens armés pour la sûreté publique
ne font point des hochets dont il est permis de
se jouer, tu n'ignore pas cette vérité. Qui voudra
contribuer à la force publique, si un farceur
peut impunément l'outrager ? \& tu ne punis
pas ce farceur, quand il t'est connu, dénoncé !
Est-ce donc le pérou que ce bougre-là ?\\

Et ce domestique de M. Saint-Colombe, qui
ose aussi outrager cette patrouille, d'où ? ...
dans ton hôtel, \& dont le nom \& l'action se trouvent
accolés au nom \& à l'action d'un de tes aide-de-camp,
on ne le chasse pas honteusement !
mais, foutre, ce n'est pourtant pas le pérou qu'un
bougre comme çà.\\

Tiens, foutre, je rencontre par-tout, oui par-tout,
car je courts beaucoup, des hommes de la
trempe la plus méprisable, des joueurs, des
escrocs, des valets qui dès que la conversation se
tourne sur toi, s'approchent, écoutent, \& s'ils se
trouvent en force extravaguent en prenant ta
défense, même quand on ne t'attaque pas. Crois-moi
impose silence à ce rebut de la société, dont
le suffrase est un opprobre, \& avec qui les honnêtes
gens rougiroient de tomber une fois d'accord.
C'est de ces derniers, c'est des hommes qui
pensent, qui pèsent dans le balance sévère de la
justice les actions des dépositaires des fonctions
publiques, que ta gloire dépend.\\

Si l'on ose te calomnier, montre-toi, attaque
juridiquement le calomniateur, tu le dois à ton
nom, à la place que tu occupe, à la confiance
dont nous t'avons honoré; mais qu'on ne puisse
jamais soupçonner que la Fayette protège la
vengeance individuelle, qu'il a un parti, qu'il
foudoye des créatures; parce-que si cela arrivoit
tu tomberois dans un mépris mérité, dans un
mépris d'autant plus grand que tu auroit été
plus aimé.\\

La Fayette, au nom de la patrie, que tant de
dangers entourent, imite ton Roi, qui par une
démarche sublime a fait disparoître tous les
soupçons qu'on formoit sur ses sentimens secrets.
Ne biens pas comme lui à l'assemblée nationale
déposer tes chagrins, parce que cette action
pourroit encore être soupçonnée; mais assemble
ton armée dans ce champ de Mars où tu as
juré pour tous les fédérés de la france. Montre
leur l'auteul de la patrie \& dis-leur : mes amis,
c'est sur cet autel que j'ai promis, au nom de tous
les Français, de défendre la constitution \& la
liberté ; je veux aujourd'hui vous prouver que
je n'ai point faussé mes sermens. Que ceux
d'entre vous, \& il en est, qui ont quelque
reproches à me faire, parlent avec confiance,
je suis prêt à les détromper, je vous ai rassemblés
ici pour vous convaincre tous, que je n'ai
que l'intérêt public en vue dans toutes mes démarches,
\& que vous ne pouvez faciliter mes
desseins \& me montrer votre zêle qu'en apportant
dans vos fonctions la plus grande circonspection
\& un respect inaltérable pour vos frères, c'est-à-dire
pour tous les citoyens.\\

La Fayette, voilà ce qu'un de tes vrais amis,
mais qui n'est pas foutu pour te flatter, t'invite à
faire. Ce n'est pas par une proclamation que tu
peux venger le public outragé. Elle contient, je
le crois, l'expression de mes sentimens. Mais,
foutre, les fautes de ton aide-de-camp, celles
de l'officier du caveau, celle du domestique de
M. St. Colomble font des fautes trop graves,
trop faites pour irriter les citoyens, \& ton désaveu
ne suffit pas. Songe, brave général, qu'il
n'y a pas un de nous qui ne dise en parlant
d'eux ; nais ce n'est pas le pérou que ces bougres-là.\\

\hfill

\pagebreak

Si tu connoissois le vrai père Duchêsne, tu
saurois que son caractère n'est pas porté à la
sévérité; mais que son vœu est seulement celui
d'un ami de l'ordre. Il sent tout le prix d'une 
tolérance aussi douce à exercer dans des terms de
calme \& de prospérité que la rigueur est nécessaire
dans des momens d'orage \& de malheures.
D'ailleurs, dis, ta gloire ne seconde-t-elle pas
les avis que je te donne en bon citoyen ?


\end{document}
